Elle est minuscule, cette bestiole. On peut l'apercevoir en train de sautiller sur la neige printanière. C'est Cryptopygus antarctica, surnomée "la puce des glaciers". En fait de puce, il s'agit plutôt d'un membre de la famille des collemboles, ces minuscules bestioles sans ailes cousines des insectes, qui peuplent par milliers les sols de nos forêts. Lui, c'est le sol de la toundra qu'il a choisi de coloniser. Mais le problème, dans ces régions, c'est que le sol gèle complètement huit mois sur douze.
Alors, pour survivre, il faut connaître les bons trucs. Migrer? Impensable quand on mesure 2 mm de long, mais en faisant des bonds. Résister? Impensable. Hiberner? Essayez donc de vous endormir, vous, par -15 ! Vous risquez fort de ne jamais vous réveiller.
Non, lui, il a choisi la lyophilisation. Aux premiers frimas, notre cryptopygus arrête toute activité et se vide presque complètement de son eau. La technique est imparable, car sans eau, pas de gel, or c'est le gel qui tue ; les cristaux de glace en se développant déchirent les enveloppes fragiles des cellules. En perdant son eau, le collembole évite ce souci et peut attendre tranquillement, le retour des beaux jours.

Drosophile n°2 - février 2010